Pouvoir d’achat

DEUX ANNÉES DE SURSIS Programme Européend’Aide aux plus Démunis (PEAD)

Les Restos du Cœur ont ouvert le lundi 25 novembre ; malgré les besoins grandissants, cette opération a failli ne pas se faire ou, pour le moins, avec des moyens limités. Cette ouverture est un des effets dela lutte victorieuse entreprise par les associations humanitaires : la Croix-Rouge, la Fédération française des Banques alimentaires, les Restos du Cœur et le Secours populaire.

Le PEAD a été mis en place pendant l’hiver rigoureux de 1986-1987. Il permet à l’UE de puiser dans les stocks de produits agricoles non consommés pour subvenir aux besoins des Européens les plus pauvres. Mais les stocks ayant beaucoup diminué, le dispositif s’est progressivement rabattu vers l’achat de denrées sur les marchés pour approvisionner les banques alimentaires.

En avril dernier, saisie par l’Allemagne, la Cour de justice de la Communauté européenne (CJCE) a décidé que l’action du PEAD devait se limiter à l’écoulement des stocks.

En conséquence, la Commission a considéré qu’elle devait geler les quatre-cinquièmes de son aide alimentaire en faveur des plus démunis, passant de500 à 113millions d’euros dès 2012. La solution paraît pourtant évidente : il suffit à la Commission et au Conseil de se mettre d’accord sur une nouvelle base légale permettant de libérer les fonds nécessaires. Or, le texte existe, il a reçu le soutien du Parlement européen. Malheureusement, sept pays(l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, l’Autriche et la République Tchèque) se sont opposés à la proposition de réforme du PEAD et par conséquent le Conseil des ministres européens de l’Agriculture l’a refusé, le 20octobre.

Devant cette décision révoltante, les quatre associations françaises habilitées ont donc cosigné, le jour même, une « Lettre ouverte à Mesdames, Messieurs les chefs d’État et de gouvernement européens ».

Le 14novembre, un accord a été trouvé : le PEADva pouvoir fonctionner encore deux ans. L’Allemagne, principal contributeur du programme, s’est engagée à maintenir sa contribution financière.C’est une première victoire mais l’Allemagne conditionne son accord pour prolonger sa participation financière au programme à... sa suppression dès 2014.

Et, comme dit Sylvie Guillaume député européenne :« rien ne permet de penser que les Européens n’auront plus besoin de ce programme d’aide alimentaire dans les années à venir et la condition posée par l’Allemagne est inacceptable. Étant donné les conséquences sociales et humaines de la crise économique, il sera obligatoire de trouver une solution dans le cadre de la négociation des perspective financières pour 2014-2020, c’est l’enjeu qui est devant nous maintenant »

.Et plus qu’une aide alimentaire, les plus démunis ont besoin de retrouver un emploi, d’avoir un salaire suffisant pour vivre dans des conditions décentes.■

FRANÇOISE EIDEN

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