Des valeurs

L’aspiration à une autre société

L’ aspiration profonde à une société plus juste, plus égalitaire, plus solidaire, plus respectueuse de l’environnement,nécessite de remettre à plat les problèmes auxquels est confrontée notre société et de revoir le type de réponses à y apporter.

Maintenir et développer des services publics assurant la satisfaction des besoins sociaux partout pour tous, contribuant à une dynamique de créations d’emplois, et devant rester l’apanage de la fonction publique dont le niveau de recrutement et la qualité des interventions sont garantis par ses statuts. Cela nécessite de renoncer aux politiques de réduction des dépenses publiques aux conséquences profondément inégalitaires. La dramatisation systématique de la question de la dette publique, qui a pour fonction de faire accepter comme incontournable l’austérité budgétaire et la remise en cause des Services publics, doit être combattue comme les politiques de baisse de l’impôt sur le revenu et sur l’ISF. Il faut, au contraire, accroître les ressources publiques pour donner les moyens de l’action publique et réformer la fiscalité dans le sens d’une plus grande justice sociale en lui donnant un rôle véritablement redistributif, en faisant, notamment, contribuer largement les revenus financiers.

Garantir et développer un modèle de protection sociale qui ouvre de nouveaux droits (la création d’un véritable droit au logement opposable en constitue un exemple), un modèle qui offre, loin de la protection individuelle fondée sur une logique assurantielle marchande, des garanties collectives, une protection sociale de haut niveau fondées sur les solidarités, une assurance maladie qui assure réellement la gratuité des soins et des médicaments, des retraites par répartition et non financées par des fonds de pension ou la capitalisation. Ce qui implique notamment la retraite public-privé à 60 ans avec un taux de remplacement de 75% pour 37,5 annuités et donc l’abrogation des réformes Balladur et Fillon

La crise écologique pèse et va peser de plus en plus sur la vie de notre société

Elle met déjà en danger des populations entières, et, à terme, c’est la survie de l’humanité qui est en cause. C’est à juste titre qu’elle est devenue une préoccupation majeure pour le public et qu’elle traverse aussi nos professions. En revanche, les gouvernements se contentent volontiers de déclarations d’intention autour du concept fourre-tout de « développement durable » mais jusqu’à maintenant, ils ont été incapable de manifester une quelconque volonté politique qui soit en mesure d’inverser la tendance. Il est nécessaire que notre syndicat intègre cette dimension à la fois dans notre projet de société et dans notre rôle éducatif. un mode de production dont le profit est l’ objectif, est le facteur principal de cette crise et ne peut en aucun cas donner les moyens de la résoudre. C’est en luttant pour mettre au premier plan la satisfaction des besoins sociaux et le développement des services publics contre la marchandisation, que nous pourrons aussi contribuer à améliorer les relations entre les sociétés humaines et leur environnement. ceci dit, la gravité de la crise nous impose de prendre des positions claires sur des questions d’actualité :
Les choix énergétiques en premier lieu ont des conséquences déterminantes : le recours au tout pétrole, comme la réponse nucléaire actuelle ne peuvent en aucun cas être des solutions durables.
La brevetabilité du vivant, les OGM, promus par les multinationales de l’agroalimentaire comme la solution aux problèmes de la faim dans le monde, présentent en réalité des risques dont il faut mesurer toute l’étendue.
Nous avons besoin, sur ces questions, de prendre le temps d’un large débat démocratique et serein.
Cette aspiration interpelle très directement la responsabilité du syndicalisme qui doit savoir être efficace, unitaire et porteur de propositions. C’est dans une telle démarche que le SNES-FSU entend s’associer.

La question de l’emploi

L’emploi reste la question majeure à laquelle est confrontée notre société. La baisse du chômage dont se revendique le gouvernement est factice (cf récente étude de chercheurs de l’INSEE).
Le SNES dénonce les pseudo politiques en faveur de l’emploi menées depuis plusieurs dizaines d’années par les gouvernements et qui ont eu comme conséquence de généraliser et banaliser le recours au travail temporaire, au temps partiel et aux contrats précaires, le tout soutenu par des exonérations de cotisations sociales. Ces politiques ont contribué très largement à la diffusion de nouvelles “ normes ” de l’emploi, tant dans le privé que dans le public, à creuser le déficit des comptes sociaux, à privilégier le développement d’emplois non qualifiés ou dont la qualification n’est pas reconnue..
La construction d’un rapport de force plus favorable aux salariés permettra d’imposer des politiques économiques orientées vers le plein emploi, l’équilibre écologique et une répartition des richesses produites plus favorable aux salaires. La réduction du temps de travail permettant de lutter contre l’intensification du travail et de créer des emplois, la défense et l’élargissement des droits sociaux, la défense et le développement des services publics, l’augmentation des salaires, la défense de l’environnement créeraient les conditions d’une nouvelle conception de la croissance permettant le plein-emploi. Cela implique de travailler, dans un cadre large de concertation avec les organisations syndicales de salariés, avec comme objectifs :
le CDI comme norme en terme de contrat de travail, suppression des contrats précaires ; limitation du recours aux stages, de leur durée (non reconductibles) avec rémunération décente et ouverture des droits sociaux, non substitutif à un emploi et en lien avec le contenu de formation contrôlé par l’Education Nationale
la disparition effective des discriminations à l’embauche dont sont victimes les immigrés, les jeunes, notamment ceux issus de l’immigration, les femmes, les plus de 50 ans, avec un contrôle élargi de l’Inspection du travail et une voie de recours simple et rapide pour les salariés qui en sont victimes.
l’égalité des droits sociaux entre travailleurs nationaux et immigrés, et la lutte effective contre les employeurs qui utilisent une main d’œuvre non déclarée ;
la sécurisation des situations de transition entre l’école et l’emploi, entre deux emplois, entre le chômage (ou l’inactivité) et l’emploi, Cela supposerait la mise en place d’un nouveau statut du salarié affectant à chacun des droits transférables en matière de rémunération, de droits à la retraite et à la formation. Ce statut doit être mis en place dans le cadre d’une réglementation et d’un contrôle renforcé des licenciements et des suppressions d’emplois. Son coût doit être pris en charge par les entreprises dans leur ensemble et non par la société entière au travers des impôts.
l’émergence d’un service public de la formation professionnelle continue, assurant accès égalitaire et transférabilité des droits à la formation, développement de la VAE débouchant sur des diplômes nationaux, droit pour un salarié d’avoir une formation qui réponde à ses besoins.

Et celle des territoires

La France comme la plupart des pays développés a mis en œuvre une politique de décentralisation depuis près de trente ans, avec l’appui de la majorité des partis politiques, mais sans véritable débat démocratique.
La décentralisation a été posée comme un principe, sans que jamais la question du niveau pertinent d’intervention publique n’ait été clairement débattue.
Cette politique a cependant suscité en 2003, dans notre secteur, une très vive opposition parce qu’elle remettait en cause l’unité du service public national d’éducation. Le transfert des TOS vers les collectivités territoriales, n’a cependant pas pu être empêché.

Dans l’immédiat l’urgence n’est pas de se lancer dans une nouvelle étape de centralisation par la régionalisation (menaçant en particulier les COP de transfert vers les collectivités territoriales) mais de faire un bilan de la décentralisation permettant de réaliser les conditions d’un débat démocratique sur les dysfonctionnements, les superpositions institutionnelles actuellement observés, la mise en concurrence des territoires..Inégalités
Alors que l’Etat avait manqué volontairement à ses obligations, les collectivités territoriales se sont vu confier de plus en plus de compétences, certaines même n’hésitant pas à aller au delà de celles qui leur ont été confiées par la loi, sans pour autant recevoir de l’État les moyens de les mettre en oeuvre. Elles doivent donc dégager ces moyens par des mesures fiscales locales, directes ou indirectes. Inégalitaires et injustes entre les habitants de communes différentes d’une même région ou d’un même département du fait même des modes de calcul de cette imposition. Inégalitaires entre territoires qui n’ont pas les mêmes marges de manœuvre en fonction de leurs environnements géographiques, économiques et démographiques très différents. C’est d’autant plus grave que les collectivités territoriales jouent aujourd’hui un rôle important dans la formation.

Loin de faciliter la démocratie de proximité, la multiplication des structures (bassins d’emploi, territoires...) rend particulièrement opaque le système de décision. Éviter un renforcement des ségrégations spatiales nécessite la mise en place d’un véritable système de redistribution des recettes entre territoires riches et pauvres. Cette redistribution doit s’opérer sous la responsabilité d’un État garant de l’égalité des citoyens sur l’ensemble du territoire.

Les zones rurales isolées
Certains départements ont subi de plein fouet les effets des transformations de l’économie et leurs habitants cumulent isolement géographique, isolement social et vieillissement de la population. L’apparition régulière, sur le devant de la scène, des difficultés urbaines ne doit pas cacher des difficultés tout aussi lourdes et importantes dans les zones rurales, dans lesquelles l’accès aux services publics, aux loisirs, à la culture, sont souvent plus difficile qu’en ville.
Dans ces « zones rurales isolées », le maintien des services publics est indispensable même si le coût en est relativement élevé (pour le second degré, maintenir dans chaque établissement une réelle diversité de l’offre de formation). Seul cet effort permettra de préserver l’avenir. Cet effort est tout aussi indispensable pour les territoires et départements d’outre-mer pour lesquels la solidarité nationale et la continuité territoriale doivent pleinement s’appliquer et les retards comblés dans le respect de l’environnement.

Les quartiers « sensibles »
Toutes les politiques mises en œuvre depuis 20 ans, concernant les quartiers « sensibles », ont prétendu chercher à développer la mixité sociale. Mais elles n’ont pas amélioré la situation ni l’image des quartiers de relégation. La loi SRU sur l’obligation de logement social n’est pas appliquée dans de nombreuses communes, faute d’être suffisamment astreignante. Sous l’effet de la spéculation immobilière, l’homogénéité sociale des communes se renforce, les classes moyennes se retrouvent dans une périphérie de plus en plus éloignée, les couches populaires sont, elles, reléguées dans des quartiers, voire des villes entières de plus en plus déshérités, vécus comme de véritables ghettos. Le contournement de la carte scolaire, et notamment l’évitement de certains établissements scolaires que renforce le dualisme scolaire, illustrent bien l’échec de cette politique de la ville.

La mixité sociale implique de créer les conditions d’un choix consenti, facilité par la transformation des lieux concernés, continuité entre le centre-ville et sa périphérie… Pour cela nous revendiquons l’interdiction des expulsions, la réquisition des logements vacants, la revalorisation et l’extension des allocations logements, un véritable plan de construction de logements sociaux sur l’ensemble du territoire et l’instauration d’une sécurité sociale du logement.

Le lieu de résidence n’est pas le seul lieu du mélange social. Promouvoir et développer la mobilité des citoyens, leur permettre de franchir les frontières symboliques ou réelles sont aussi des pistes à travailler. Dans cette optique, la gratuité des transports publics de proximité devrait être assurée aux jeunes, aux chômeurs et aux précaires

Le SNES et la FSU doivent être en première ligne des luttes pour le développement des services publics sur tout le territoire et renforcer les collectifs pour les défendre (convergence).

Enjeu central de politique publique, la lutte contre la ségrégation territoriale et urbaine suppose aussi une politique économique et sociale qui s’attaque résolument à la misère et à l’exclusion.

Autres articles de la rubrique Des valeurs

  • Les défis de l’éducation
    Réduire les inégalités sociales et culturelles, construire une culture commune exigeante qui prenne en compte la diversité des élèves et de leurs cultures, et permette à chacun de se construire,offrir... Lire la suite (Avril 2008)
  • Faire progresser la démocratie
    La démocratie suppose des droits et un haut niveau de garantie des libertés publiques, un véritable « dialogue social ». Ce ne sont pas les les outils d’une démocratie représentative qui manquent dans... Lire la suite (Avril 2008)
  • Droits des élèves
    Les enfants et les jeunes scolarisés doivent bénéficier pleinement de leurs droits : droit imprescriptible à l’éducation, droit à la protection de la vie privée, droits de réunion, liberté d’expression... Lire la suite (Février 2008)